Ce que voyager seule peut apporter à une femme

Une des questions les plus courante sur google en rapport avec le voyage concerne le statut des femmes voyageant seules. J’ai voulu renverser la perspective et m’interroger sur ce que le voyage apporte à une femme voyageant seule plutôt les dangers qu’il lui ferait encourir. A chacun ensuite de faire le calcul selon ses intérêts propres.

I. La pudeur.

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Donne moi tout ce que t’as Louis ! Oh yeaaaah 

C’est d’abord un passage obligé : celui du dortoir, souvent mixte, parce que moins cher ou tout simplement pas le choix. Après trois jours à se contorsionner sous la couette pour enfiler son pyjama, finalement à l’envers, on finis par se décoller les mirettes de son nombril et par remarquer un peu plus ce qui nous entoure : cet homme au bide proéminent qui n’a pas peur de se promener torse poil, ce type charmant qui s’endort vêtu d’un seul boxer, cette nana qui se trimballe en soutif cradingue les jambes même pas épilées, ce groupe de gonzesse en tee shirt-slip trop large sur un lit couvert de miette. Goddam : personne n’en a rien à faire de votre nudité. En général dans un dortoir d’auberge les principales activités sont : ronfler, décuver, geeker. Globalement que vous ayez les plus belles fesses de l’univers ou une immonde cellulite tout le monde s’occupe d’autre chose : gérer l’argent, l’itinéraire… Si les auberges sont des lieux propices aux rencontres et à la drague le dortoir bénéficie du statut de territoire neutre et passé un petit temps d’adaptation on découvre le bonheur qu’il y a à pouvoir se changer tout en parlant alcool local et bar du coin à la mode avec un parfait inconnus dont la petite copine est elle même en train de se vernir les ongles sur le matelas en face.

Mais ce n’est pas que ça, désapprendre les codes de sa propre pudeur passe aussi en voyage par, évidement, le contact avec d’autres cultures. Et pour cela pas besoin de traverser six fois le monde, les gens du monde entier ont la gentillesse de venir jusqu’à vous : c’est cette japonaise qui traine dans son plus simple appareil poilu dans le vestiaire d’un bain thermal espagnol la touffe majestueuse à l’air, c’est cette allemande naturiste qui pratique en plein dortoir, c’est cette irlandaise et cette anglaise qui trainent ensemble en miniminimini short sans même sembler y réfléchir. Alors forcément on relativise : je suis choquée par ces femmes du Maghreb et japonaises tout à fait à l’aise à poil dans les bains féminins autant que la maghrébine sera choquée par les jambes que je montre tandis que la japonaise, toute gambette dehors, sera choquée par ma façon de parler cul. C’est une chose de le dire, s’en est une autre de l’avoir vécu, vu et ressenti. Petit à petit notre pudeur d’adapte : montrer ses jambes deviens plus naturel car un short prend moins de place dans un sac à dos, la nudité perd en transgression : on dédramatise car Satan ne se cache pas derrière un décolleté trop profond.

Voyager seule pour une femme c’est l’occasion, sans biais introduit par la présence d’un proche, de remettre en question profondément son rapport à son corps.

II. L’inconnus n’est pas mon ennemi

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Calme toi Zoey, tout va bien se passer… Mwahaha…

A Paris je m’évite de passer par la Gare du Nord passé 22 heures. C’est assez paradoxal puisque j’ai fais le pied de grue avec une amie dans une gare chelou de Belgrade à des heures indues attendant un train de nuit, tout simplement parce que pas le choix, entouré de punk à chien avinés. En France je suis d’abord une femme, ensuite une citoyenne. En voyage je suis avant tout un voyageur : le terme est neutre parce que les nécessités du voyage prennent le pas sur mon sexe : le train ne va pas arriver plutôt juste pour faire plaisir à une petite nana abandonnée à son sort. Lancé dans le grand bain sans brassard on doit bien se débrouiller par soi même très vite, en voyage on est dépendant des gens qui voudront bien nous aider, nous montrer le chemin, nous renseigner sur les coins à connaître, ou tout simplement nous parler pour rompre la solitude d’un voyage en solo. Et dû à la façon dont la nature est faite on a 50% de chance de tomber sur un homme. Alors on oublie un moment le grand méchant loup qui se cache derrière tout mâle et on ose l’inconnu et là miracle : tout va bien.

Le statut de voyage présente une faiblesse qui est la même chez l’homme et la femme : on se fait remarquer. Les gens savent pertinemment que vous n’êtes pas du coin, que vous êtes donc profondément faible et ainsi s’accumulent les arnaques, les tentatives d’intimidation, les agressions. L’idée c’est que l’on a pas la maîtrise du terrain. A ce petit jeu là l’homme est aussi susceptible de se faire exploser la gueule pour son appareil photo qu’une femme pour son entre-cuisse. Une fois qu’on a compris ce principe on comprend autre chose : plus l’on accueille cette part d’inconnus, plus on acquiert cette maîtrise du terrain. Parler avec des hommes c’est peut être parler avec ceux qui vous défendrons face à cette femme saoule sortie du bar qui s’est mis en tête de vous refaire le minois parce qu’elle déteste ces connards de français depuis que Jean-Jacques lui a fait miroiter une vie à Paris sans résultat.

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Je te le fais pas dire Jimmy.

Voyager seule pour une femme c’est l’occasion de remettre en question son rapport à l’altérité, et surtout sa perception du danger pour une conception moins fantasmé, plus concrète, plus au contact de la réalité des rapports humains sans avoir la pote flippée qui fait paniquer tout le groupe ou le pseudo grand frère qui te ramène à ta place de victime-toute-prête.

III. L’indépendance.

On en arrive à mon troisième et dernier points : ce que ça veut vraiment dire, être indépendante en voyage, et notamment en voyage solo. On a tendance à se faire une fausse idée de l’indépendance : prendre des risques, aller dans les ruelles sombres, vivre sans argent, à la débrouille. Plus on accumule les galères plus on se sentirait indépendant. Une blague courue dans le milieu du voyage raconte que pour monter l’Himalaya vous avez le chemin facile, le chemin difficile et le chemin des français. Chercher la merde ne fera jamais de personne un Mac Gyver, ça en fera juste un imbécile. L’authenticité ne se cache pas dans le danger, les vrais locaux ne vont pas dans ce quartier ? N’y allez pas. Il y a peu de chance que vous tombiez sur ce petit resto charmant et so typique dont vous rêviez dans une ruelle puant la pisse.

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Non Brad. Après avoir tout perdu tu as froid et tu as faim à la limite mais j’appellerais pas ça liberté. Et c’est certainement pas avec cette chemise à la mode et ton statut de personnage de fiction que tu vas me faire renoncer à mon sac de couchage moelleux . 

Voyager à la dure n’est pas voyager de façon plus réaliste, c’est se lancer un défis : un défis d’endurance, un défis lancé à nos nerfs, permettant d’apprendre à gérer le stress, un défis lancé à notre timidité. On peut parfaitement vivre une expérience de voyage authentique et ne pas se sentir tenté par ce genre de défis. Personnellement en voyage je m’assure toujours d’avoir toujours assez pour me payer mon hébergement, c’est comme ça que je me sens indépendante, je préfère être dépendante de mon argent plutôt que de la bonne volonté d’autrui, c’est un choix parmi d’autre.

L’indépendance en voyage qui ne s’apprend réellement qu’en voyageant seul dépend donc de notre propre définition personnelle du voyage et non pas d’un mythe à la Pékin Express. Une femme en voyage se retrouve donc face à un défis autrement plus complexe que celle de craindre le violeur derrière ce sympathique couch-surfeur :il s’agit de définir ce qu’on attend de son voyage, et donc de soi-même, cet exercice d’introspection peut s’avérer bien plus dur que de trouver à manger pour 1 euros.

On pose souvent la question de la sécurité des femmes voyageants seules or à quelques exceptions près, genre la Syrie actuellement, aucun pays n’a intérêt à génocider 50% de sa population, dans les pays où la sécurité des femmes est la plus menacé votre statut, probablement, de femme blanche-assimilée occidentale vous fera peut être passer pour une perverse (beaucoup de pays n’ont que le porno occidental pour se détendre) mais vous protégera aussi, ici le statut “d’étranger” du voyageur n’agit plus comme une barrière mais comme une protection. A quelques exceptions immondes prêt qui, si on s’y laisse impressionner, donne raison aux agresseurs. L’indépendance n’est donc pas une source de danger, c’est au contraire votre capacité à être indépendante qui vous permettra de réagir face au danger sans attendre que quelqu’un d’autre prennent des décisions à votre place quitte à faire preuve d’imagination. Petit exemple : un homme aviné cherchait à monter dans mon lit en hauteur, un livre épais a fait office de massue qui s’est abattue sur son crâne. Connaître le terrain, être préparéer intérieurement à réagir, voilà ce qu’apprend le voyage et qui peut être réutilisé avec intelligence une fois rentrée chez sois.

Ma définition d’un équilibre idéal serait donc le mélange entre cette nécessité de se sentir à l’aise dans son voyage et cette nécessité d’aller vers autrui et donc de sortir de sa zone de confort. A titre personnel il me faut donc, pour kiffer un voyage, me sentir à la fois indépendante au sens où je l’entends (financièrement, ce qui signifie de faire des voyages à la mesure de ma bourse, ce qui limite forcément mes horizons) pour partir à l’aventure en me disant qu’au pire j’ai de quoi payer le vol de retour en cas de gros pépin. Ca démontre beaucoup de mes valeurs, de la place que je donne à l’argent, au contact avec autrui, et c’est en voyageant seule que je l’ai appris. A chacune de trouver son équilibre, de comprendre ce qu’elle attend de son voyage et donc d’elle même afin de mieux comprendre à quel système de valeur on estime appartenir, aucun n’est profondément mieux qu’un autre.

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