Julie

I.
J’ai croisé le Petit Chaperon Rouge.
C’était quelque part sur un des ponts qui relie Buda à Pest, en Hongrie.
Une jolie rousse,
Du nom de Julie.
Son corps était cassé, meurtri,
« Si tu souffles, je m’écroule », qu’elle m’a dit.
Un peu comme toute la ville,
Dans une sorte de souffle en suspension…
Budapest c’est avant tout une haute forme d’illusion.
Tu connais les tueries et le vice, Elle aussi.
Mais Elle l’oublie dès minuit dans des bars construits à la va-vite,
On y sert des pizzas, de grosses parts,
On y écoute du jazz, et bien sûr il y a de l’alcool.
« Si tu souffles je m’écroule », qu’elle m’a murmuré, soûle, Julie.
Tu y croises des touristes, des vieux,
Des gens avec des bras en moins,
Des malades à la peau infectée, trouée,
De magnifiques femmes de l’est, de vieux hippies l’air perdu.
Mais tout le monde retient sa respiration.
Est ce que ça va tenir ?
Sur un des ponts qui relient Buda à Pest,
En face de la colline qui surveille la fête,
Le vent soufflait fort quand j’ai rencontré Julie,
Juste avant qu’elle ne s’envole…

J’ai alors eu l’impression que la croute terrestre allait se déchirer,
Entre Buda et Pest.
Que tout ça ne pouvait pas tenir.
J’ai vu les immeubles s’écrouler,
Les piliers du pont céder,
Une faille gigantesque,
Entre Buda et Pest,
S’était creusée.
Une faille de la taille de l’horizon.
Et le Danube s’épanche en cascade sur la plaie.
Julie avait raison, si on souffle, tout s’écroule.
II.
J’ai pensé la Terre coupée en deux,
Il est déjà trop tard.
Je ne pourrai plus jamais revenir en arrière,
Retourner en France.
Je suis coincée à Pest.
La colline que je devine à peine au loin me nargue.
Je resterai coincée à l’Est.
J’ai beau me mentir,
Recolmater le monde
A grand coup de nostalgies,
A grand coup de souvenirs,Ca ne marche pas. Ca ne marche plus !
Ce jour-là où j’ai rencontré Julie…
Mon cerveau est comme un grenier,
Rempli d’insectes.
Et de cartons tachés par l’humidité.
Et Julie est entrée dans mon esprit,
Via la bobinette, la bobinette…
Il me faut partir vite, très loin.
Pour les autres j’aurai disparu,
Et ce sera presque pareil…
Je dois apprendre à m’élancer,
Plus loin et plus vite que la Tristesse.
Je passerai ma vie à partir.
Mais je ne courrai pas pour fuir,
Je courrai pour remonter le temps !
Faisant cracher mes poumons,
Me libérant de cette substance noirâtre qui m’embourbe.
Je me noierai dans cet instant pur d’avant les salissures.
Et je renaîtrai, ailleurs, autre part…
Reniant jusqu’aux plus fondatrices de mes blessures.
J’irai à Florence,
Là où les musées parlent la nuit,
J’irai à Rome, là où tout a commencé.
J’irai en Serbie là où les gens sont tous coupés en deux.
J’irai au Japon où les fantasmes vont plus loin que l’humain.
Je ne serai plus qu’une particule en suspension…
A peine visible, j’aurai disparu :
Debout je contemple la faille :
Et je repense à Julie :
Elle avait la peau si blanche…
Une femme puzzle,
Composée au hasard,
Les pièces s’emboîtaient mal,
Elle n’était même pas jolie, Julie.

III.
Julie danse dans mon esprit.
Je vois une tache rouge qui tournoie,
Qui me nargue et se noie dans le Danube,
Un peu plus
Bas.
Je la vois rejoindre les Derviches de Turquie,
Puis les enfants aux robes longues,
Dans le jardin de mes grands parents,
Et enfin se jeter dans le Danube,
Fleuve inexistant.
Elle ne laisse qu’un pli dans l’air pour la suivre :
Nous la suivons le fleuve et moi,
Emportés jusqu’à Belgrade,
Là où les gens voient tous double,
Dans de pathétique bus à dix sièges en fer,
Et où la forêt couvre la capitaleLa capitale toute entière.
Où l’on sent encore le sang,
Qui couvre les terrains de tennis de la ville
D’une ocre sombre.
Des Papis si sympathiques
Qui ont peut être tué des Musulmans
Qui te demandent en souriant « Francheska ? ».
« Plus maintenant » répond Julie.
Et Julie danse dans mon esprit,
Je cherche à l’attraper et à lui tordre le bras
Mais elle traverse déjà la Slovénie,
Elle est vive Julie,
A côté d’elle tous les humains ont l’air mort, ont l’air vieux.
Elle avait à peine 14 ans
Quand elle m’a dit en rigolant :
« Si je te souffle dessus, tu t’écroules ».
IV.
J’ai frappé Julie,
Perforer la chaire humaine est en réalité très facile,
Elle est bien tendue,
Comme un tambour,
Et je l’ai refrappée avec l’acharnement de quelqu’un qui veut démolir,
Au début ça résiste et puis la lame avance ensuite
Glissant sans soucis entre les viscères.
Je me suis découvert une force nouvelle
En même temps que le sang blanc de Julie purifiait mon monde,
La force de ceux qui atteignent leurs objectifs,
Son sang colmate la Terre et recolle les morceaux détruits de l’Europe,
J’ai découvert la force de l’homme lorsqu’il répare ses erreurs,
Et alors que je plongeais mes mains dans ses chairs
Pour mieux en déchirer l’intérieur
Je me mis à chanter une chanson apprise il a des années :
« -Quand Julie était une p’tite fille,
Une p’tite fille,
Elle faisait comme ça :
Maman ! Maman ! »
Finalement elle n’est pas si différente d’une octogénaire
Une fois étalée comme ça au sol
Comme un gros coussin en cuir blanc qu’on aurait déplumé.
Elle n’a plus que la peau sur les os.
J’ai enlevé tout le reste.
Joli cadavre roux…
J’ai tué Julie et sa peau blanche, à la machette, à la machette…
Et ne reviendrai plus jamais, à Budapest, à Budapest….
C’est là que j’ai compris.
VI.
En tuant Julie j’avais tué l’antique peur de la mort.
De ce genre de pont comme il y en a,
Entre Buda et Pest,Certains se jettent pour en finir
Tandis que moi je m’envolais…
Un peu plus loin,
Fatiguée par la route du retour,
Je me suis lavée dans le Danube,
Aux environs de Vienne,
L’eau était un peu boueuse.
Mais je n’avais plus peur
Ni de la crasse ni du vent ni de la nuit.

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J’ai interviewé une célébrité

J’ai pu interviewer Zach Braff pour madmoizelle.com et je ne suis pas vraiment sure de m’en être encore remise…

Mon stage chez madmoizelle.com m’a permis de participer à un certain nombre de projet vraiment cool, couvrir le Festival de Cannes par exemple. Mais ce que je retiendrais surement comme étant mon expérience la plus incroyable c’est bien ça : l’interview de Zach Braff.

Vivi, JD dans Scrubs !

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Pourquoi cette interview comptait beaucoup pour moi

Il y a quelque temps j’ai traversé pas mal d’épreuves sentimentales bien reloues, et pour me réconforter et faire passer les nuits blanches il y avait ça : Scrubs. Tout le temps, encore et encore, jusqu’à tomber de fatigue.

Ça a rythmé mes journées et puis un jour à la rédac on me lance, parce qu’on se lance souvent des choses à la rédac : « Qui veut aller voir le nouveau film de Zach Braff ? ». C’était pour Wish I was here, Le rôle de ma vie en français. J’ai sauté sur l’occasion avec Célia Sway, graphiste pour madz.

Je n’ai pas été déçue : le film est génial. Délicat, passionnant, sincère, c’était vraiment le film que j’avais besoin de voir en ce moment, le genre de film qui te dis : « Ouai, parfois la vie c’est de la merde, mais t’inquiète, on est tous passé par là et ça va maintenant ! ».

Dans la foulée un type de l’agence de distribution du film en France propose à madmoiZelle une interview et comme j’étais la seule rédactrice a avoir vu le film

Alors voilà, deux semaine seulement après m’être refait l’intégrale de Scrubs entre deux boites de kleenex j’allais passer un moment avec la stars qui m’avait fait sourire quand ça allait si mal.

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Avant l’interview

Autant vous dire que sur l’échelle du stress j’étais à +10 000. Pendant une bonne semaine j’ai pensé à tout ça en tentant de contrôler mon stress pour préparer des questions pertinentes et finalement ce mardi matin là c’était le jour J, le jour de l’interview.

Je me rend dans le palace parisien où aura lieu l’interview. Pendant un moment je crois que Léa B., la caméraman de madz, a 10 minutes de retard et je pète un vilain câble… alors que ma montre était juste en avance. Honte quand tu nous tiens…

Une fois qu’elle est arrivée -à l’heure évidement- on se détend en se lançant des vannes et deux autres journalistes qui travaillent pour une radio célèbre nous rejoignent. Des mecs très BCBG un peu prétentieux et trop sûr de leurs charmes… Mais discuter fait passer le stress.

Sur les genoux j’ai la liste de mes questions que Fab, le boss de madmoiZelle, a validé la veille. Discuter avec lui m’a permis d’orienter l’interview de façon à la rendre plus personnelle, mais j’ai encore peur de ne pas réussir à gérer mon temps…

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Pendant l’interview

Finalement il arrive : simple, sympa, pro. Le stress se dissipe aussitôt : j’ai envie de le connaître et j’ai 15 minutes pour le faire.

Si j’adore les interviews c’est pour ça, parce qu’elles te mettent dans les conditions idéales pour faire la connaissance de quelqu’un que tu n’aurais peut-être jamais connu autrement. La personne est disponible, préparée à ta rencontre, et toi tu as déjà tes questions : il y a bien des premiers rendez vous qui ne commencent pas aussi bien !

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T’en fais peut être un peu trop là Zach…

Je sens tout de suite qu’il est très professionnel, il ne semble pas remarquer mes erreurs d’anglais et répond à toutes mes questions en prenant son temps, il est si gentil que je le fixe dans les yeux sans gène comme si nous étions simplement en train de parler autour d’un verre.

C’est là le talent des acteurs de haut niveau : les interviews font partie de leur quotidien. Et derrière cette sympathie feinte il n’y a pas d’hypocrisie mais simplement de l’expérience. Mais cette aisance place une barrière subtile que je n’ai pas le niveau pour franchir, il est trop à l’aise, trop sur son terrain. Et moi trop dans l’attitude de la bonne élève qui a préparé ses petites fiches. 

Un jour peut être j’aurais l’expérience pour réussir, en 15 minutes, le tour de force nécessaire pour sortir un acteur de sa zone de confort, lâcher mes fiches et en tirer un contenu plus exclusif, pour l’instant je me contente de poser mes questions et d’apprécier ses réponses très instructives.

Comme je le craignais la gestion du temps me pose problème, mais pas comme je le pensais : 5 minutes sont passées et j’ai déjà posé la moitié de mes questions ! J’aurais du en profiter pour me détendre et introduire une conversation plus relâchée mais je panique un peu et me raccroche à mes questions secondaires.

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Il fait un peu le show pour terminer autour du slogan de Madmoizelle « Je lis madmoizelle et je ne porte pas de culotte » et nous nous quittons alors qu’il nous conseille de parler de son film à nos amis.

Ce que j’en retiens

Cette interview m’a fait penser à beaucoup de chose. Déjà il s’agit de toute évidence d’une personne sympathique, toutes les équipes travaillant avec lui semblaient ravies, ça ne trompe pas. Ensuite il adore son film et défend avec coeur son projet, il en parle avec passion. Pourtant j’ai aussi ce petit goût d’inachevé : c’est déjà finit ? Tout ce stress pour ça ? La normalité des stars a quelque chose de surprenant.

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I DID IT ! 

Tout ça me donne envie d’avoir encore plus d’expérience pour un jour parvenir à rendre ces 15 minutes encore plus fertiles et profondes, qu’il s’agisse d’un acteur, d’une personnalité quelconque… ou même d’un inconnu en bas de chez moi ! C’est dur, le travail de l’interview, mais ça a quelque chose de réellement passionnant. J’ai pu débrieffer avec Fab qui m’a donné de précieux conseils pour faire mieux les prochaines fois : mieux travailler l’introduction et la conclusion de l’interview, oser être plus dans la conversation et moins dans le question/réponse…

J’espère progresser rapidement, cette interview m’en a donné envie, mais j’espère encore plus que Wish I was here aura un beau succès, ce film le mérite !

Le résultat est à voir sur madmoizelle.com !

Hé gamine !

Et gamine !

Il était une fois c’était une fois…
Hé il est tard Gamine,
Il faut tourner la page…
Hé Gamine ne pleure pas, surtout reste sage
On t’en lira d’autres des livres d’images.
Quoi t’as peur du noir ?
Pourquoi tu me fais ces yeux là,
C’était pourtant compris entre toi et moi,
Que moi et toi ça n’durait pas.
Si ma condescendance te blesse
Rappelle toi qu’il n’y a que les bons souvenirs qui restent.
On va pas s’mentir ça fait longtemps que j’te délaisse,
Mais tu comprends ma prétention est depuis
Bien trop longtemps
Ma seule maîtresse.
Te voir là sanglotante sur le lit me stress,
J’ai pas l’impression d’avoir fait quelque chose de mal !
Tu devrais déjà être contente,
Que j’ai écris,
Rien que pour toi,
Au moins trois textes.
C’est déjà bien plus que pour toutes mes autres ex.

Il était une fois c’était une fois…
Putain cette histoire me saoule,
J’la connais déjà par coeur,
Ou du moins j’ai l’impression,
De l’avoir vu dans un film à la télévision.
Tu comprends j’avais besoin de plus de sensation,
Et pas d’squatter toute la journée,
Sur l’canapé,
Dans ton salon.
T’as pas l’air de comprendre,
Recroquevillée sur le sol de ta chambre,
Que notre appart était devenu vraie une prison…
Hé jolie logeuse, ne pleures pas ma lâcheté ne le supporterai pas.
Alors oui je m’y suis enfermé seul comme un con,
Et c’est dommage que tu doives supporter,
Seule à présent,
Les conséquences de ma décision.
Mais compte pas sur moi pour revenir sur mes pas,
La liberté se savoure entre trois bières et quatre pétard,
Les mêmes sur lesquels tu tirais pour m’supporter de plus en plus le soir.
On se disputait pas souvent et je sais que ça te choque,
Mais aujourd’hui malgré tes larmes je prend moi même la porte.
Hé Gamine je sais bien que je retourne au médiocre,
Mais toi et moi ça risquais de ressembler à quelque chose,
Et de toi à moi c’est encore moi que je préfère,
Donc ne pleure pas : on ne perd rien lorsqu’un égoïste s’évanouit dans l’air.
Et si ma condescendance te blesse,
Pense un peu à moi et ma détresse.

ll était une fois c’était une fois…
C’est toujours la même histoire :
J’ai jamais pu supporter de faire les comptes,
Et de mois en mois la tension monte.
Le défis est trop grand et face au potentiel de réussite,
J’finis toujours par prendre la fuite.
Tu le savais bien je n’disais jamais nous :
Je parlais pas de toi à mes potes,
Et l’étagère où on juxtaposait les DVD :
Les tiens et les miens sans jamais les mélanger.
Prend pas ton air suprise t’as dû en avoir pour ton compte,
Gamine dit moi merci jusque là d’avoir été gentil :
J’aurais pu te dire que ta possessivité me stress,
Que je supportais pas que tu lises mes sms,
J’aurais pu te dire que tu n’m’écoutais pas assez,
Même si à chacun de tes « Ça va ? » j’esquivais.
J’aurais pu te dire tout ce qui n’allait pas,
Mais je le fais déjà pas pour moi,
Je vais certainement pas commencer une introspection aussi difficile,
Pour une fillette aussi docile.
On en aura bien profité enfin je crois
Ne m’en veux pas bonne nuit et n’m’apelle pas.