Fille d’Automne

C’était une de ces filles née en Septembre.
Et qui ne souriait jamais sauf dans sa chambre.
A sept ans déjà elle traversait les miroirs,
Comme on traverse des mouchoirs.
Les yeux grands, vides et noirs,
Non, vraiment : Rien de sympathique,
Dans ce regard.

Elle apprenait à marcher,
Qu’elle avait déjà les poings serrés
Sur les rembardes d’escaliers,
Refusant de tomber pas même une fois,
Pour faire plaisir à ses parents
Qui auraient voulu pouvoir la rattraper.

Dans ses veines,
Coulait un enduit lourd et opaque,
Du genre de ceux dont on recouvre
Les portes des cloaques pour qu’elles s’ouvrent.

Écrasant à deux mois déjà les feuilles mortes,
Par jalousie.

On se voyait en elle,
Comme on se voit à travers les cauchemars.
Et à peine se croyait on jugé,
Qu’elle n’était déjà plus là.

Elle avait adolescente,
Déjà,
Cette violence,
De celle qu’on ne retrouve que chez les vieillards
Dont les regardes mornes
Ponctuent les fenêtres des maisons de retraites.

C’était une de ces filles,
Née dans les années 2000,
Entre l’été et l’hiver,
Ne croyait plus être la première en rien,
Ni en la religion ni en la famille,
Ni en Goethe ni en Prévert,
Se contentant d’exister, avec fatigue,
Haineuse avant même d’avoir été aimée une fois.

C’était une de ces filles.
Qu’on souhaiterais ne jamais avoir
Et qui pourtant était là.
Et il fallait bien faire avec.

Ses poèmes étaient arithmétique,
Et son beat et son rythme,
Hypnotisent avec malaise,
Comme la musique électronique,
Qu’on entendait dans ces fêtes
Alternant musique et fixes.

Son esprit était une dentelle,
Alternant éclair de génie,
Et creux consternant.

On en attendait rien :
Elle donnait tout,
Faute de savoir se retenir,
Plus que par générosité.

Indifférente à l’amour des autres,
Faute d’en avoir pour elle même.
Simple éructation de la vie,
Adolescente à peine finie.
Hanche étroite, seins petits.

Rebelle à toute caricature
Belle erreur de la nature
Femme au milieu des technologies
A son aise parmis les machines

Elle inventait des systèmes
Des algorithmes
Créant virtuellement
De la poésie, de la musique.

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