Avertissement nocturne

Il fait nuit
Et un peu peur.
Un sentiment de panique discret,
Se tapis dans mes feuilles de tabac à rouler.
Il fait nuit
Et un peu froid.
Je me sens seule
Mais ce n’est pas, ce n’est plus, la première fois :
J’ai l’habitude
Du tendre sentiment de solitude.
Elle s’enlace à ma taille,
Et projette,
Mes lèvres
Vers la prochaine cigarette :
Sa lueur rouge me rassure
Seule désormais à me pousser vers l’avant.
J’interromps là mon inspiration,
Et roule mon futur démon,
Je ne suis pas à un cancer près :
Gorge, oesophage, poumon,
Je préfère ne rien négliger,
Toute à mon oeuvre d’auto destruction.
Il fait nuit
Et pas un bruit
Pendant ce temps là,
Sur le balcon j’expire,
Et prie pour que ces tenèbres ne se dissipent jamais.
La solitude en pleine nuit c’est romantique,
On peut en faire des poésies,
Ou des musiques.
Mais en plein jour il n’y a à rien à en faire,
Et il faut se meller à la foule,
S’abandonner à cette houle, qui projette,
Mes lèvres,
Vers la prochaine cigarette :
Sa lueur rouge me rassure
Seule désormais à me faire regarder devant.
Rouge à lèvre marron sur lèvres blêmes,
Avoir l’air plus forte et donc plus vieille,
N’importe où sauf ailleurs et promène,
Mes lèvres,
De cigarettes en cigarettes.
J’y pense la tête à ma fenêtre…
Et puis j’oublie.
Il est tard, passé minuit.
Il y a aurait presque rien à en dire,
Si ce n’est la nécessité, vitale, de parler.
Il fait nuit et un peu peur.
Ca pourrait presque se finir comme ça.
Il pourrait ne plus jamais rien y avoir qui prenne aux tripes.
Et ce silence des 3h du mat pourrait avaler le monde tout entier.
Si cette idée te fait peur :
Inspire, expire,
Et fume,
Que tes lèvres servent au moins à quelque chose d’autre,
Qu’à se mordre elle même,
Faute de mordre d’autres épidermes.
Bien sûr le jour va se lever,
Et tout sera à recommencer :
De cette soirée dans quelques jours je ne me souviendrais plus de rien.
Et quand à soixante ans j’aurais du mal à respirer,
A inspirer, à expirer,
Je ne me souviendrais même plus,
De la saveur qu’avait cette nuit là,
Entre ton parfum, ce silence, et cette odeur de tabac froid.
Mais pour l’instant,
Alors qu’il fait nuit,
Alors qu’il fait froid,
C’est tout mon univers qui se résume,
A cette fumée,
Et à cette cigarette, qui se consume.
Mais il faudra bien,
Un jour, que quelqu’un parle,
Et dise la vérité,
Sur les femmes de mon âge.
Sur la violence contenue dans un trait de rouge à lèvre.
Et ces paupières noircies.
Ne vous y trompez pas :
Il n’y a là rien de faible, de poétique ou de charmant,
C’est une rage vitale,
Et qui dans un éclat d’émail,
Mord crie et hurle,
D’une ferveur toute animale.
Ce n’est pas de l’hystérie,
Ce mal imaginaire, au fond plutôt joli.
C’est de l’énergie pure qu’on réfrène mal,
Ces lèvres, rouges, assassines,
Qui se baladent,
De cigarette en cigarette,
Pour calmer ces pulsions muettes.
Un jour il faudra bien qu’on vous dise :
La force de ces fureurs insoumises.
Mais pour l’instant continuons à faire semblant,
Puisqu’il fait nuit, puisqu’il fait froid,
Je serais fragile,
Et j’aurais un peu peur.
Courant dans vos bras les yeux baisés,
Pour mieux vous cacher,
La lueur criminelle et féline,
L’impudeur et l’envie d’en jouir,
Et toute ces choses que l’on sait ne pas devoir dire.
Mais sache toi,
Qui me regarde affalé dans mon salon la télécommande sur les cuisses,
Que si je fume,
Ce n’est pas parce que je suis triste,
Ou que j’ai froid,
C’est pour qu’il y ait quelque chose en ce monde qui brule :
Et que, pour l’instant, ce ne soit pas toi.

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