J’ai pris une décision

J’ai toujours su que je voulais le faire. Mais je n’imaginais pas un jour que je pourrais le faire. Que je le ferais ? En tout cas ce n’est plus au conditionnel que je parle de mon tour du monde.

C’est le genre de rêve un peu fou qu’on a tous. Et puis j’ai commencé à voyager. J’ai commencé à me sentir mieux en voyageant qu’en ne voyageant pas. J’ai commencé à m’acheter moins de fringue que la plupart des nanas de mon âge pour économiser et pouvoir partir. A comparer les prix, à comparer les comparateurs de prix.

Et puis je les ai vu, sur internet. Ces gens qui font le tour du monde, et se filment en train de danser :

Et j’ai commencé à me dire que je pourrais moi aussi le faire, en passant par là, en faisant ça, en dormant comme ça, en voyageant comme çi ou comme ça.

J’ai commencé à regarder du coin de l’oeil le budget moyen d’un tour du monde : 10 000 euros. Et il se trouve que je les ai. Mon grand père est décédé suite à un cancer de l’amiante, un procès a été fait, et j’ai hérité d’une partie de cet argent à sa mort. Or il se trouve que ce privilège que j’ai, ce coup de pouce inestimable au départ de la vie, rien à faire, je ne me vois pas le dépenser dans une voiture. Je ne supporterais pas de voir cet argent disparaître derrière un premier apport pour un logement.

C’est quand même l’argent donc j’ai hérité suite au cancer de mon papi, merde. J’ai envie qu’il ait un sens, d’en faire quelque chose d’aussi cool qu’il l’a été.

J’ai aussi rapidement décidé que ce voyage se ferait seule. Parce que c’est comme ça que je voyage. Ce sujet, celui du voyage en solo et des raisons qui me pousse à le préférer aux autres, mérite un billet à lui tout seul, il ne faut pas m’en vouloir si je ne développe pas plus ce point ici.

Sauf que voilà. Me payer des vacances de luxe en solo pendant un an, ça non plus, ce n’était pas dans mes projets.

J’ai envie que ce voyage ait un sens, qu’il soit actif. Parce que je sais que c’est quand on investis son voyage d’une mission particulière, et même si rien ne se passe jamais comme prévu, qu’on en profite le plus.

Alors voilà, dans un à deux ans j’aurais finis mes études et je pourrais partir, je pense de janvier à septembre histoire de ne pas rater Noel, ma fête familiale par excellence. En attendant je réfléchis à comment faire de ce projet un vrai projet et pas simplement une utopie de gamine privilégiée en mal d’exotisme, même si ne nous leurrons pas, je reste une privilégiée en manque d’exotisme.

Plusieurs pistes se dessinent petit à petit. Des très sérieuses, des plus loufoques, des plus drôles. Par exemple une chronique régulière sous forme de podcast, pour montrer ce que j’aurais la chance de pouvoir voir, les gens à qui j’aurais la chance de pouvoir parler. Des articles bien sûr, et l’envie d’en profiter pour écrire un roman me tente évidement. Et à côté de tout ça des idées bien plus sérieuses sensées rapporter, je ne suis pas à un rêve près, un peu de thune pour mettre du beurre dans… et bien dans la nourriture locale du moment.

Ce qui était un rêve de gamine commence à devenir un projet, et même si j’ai très peur de lâcher en court de route, pour des raisons aussi évidente que la peur de la solitude, et bien je continue à y réfléchir non plus comme à une folie mais bien comme à quelque chose qui pourrait bien être un des projets les plus ambitieux que j’aurais mené jusque là, et sans doute bien longtemps après.

Et de temps en temps, un peu d’ambition, ça ne fait pas de mal, non ?

Une question de rythme

C’est quelque chose de propre au voyage qui s’explique difficilement. Une question d’usure. Une question de rythme.

Au début tout semble lourd et compliqué. On perd des papiers, des billets d’avion, on dépense trop d’argent juste pour se rassurer.

Il y a les mauvais souvenirs aussi qui se ramènent. Parce qu’en général, quand on part en voyage, on fuit quelque chose. Le travail, une rupture, une fatigue, un stress. On se dit qu’on est fou, qu’on aurait jamais dû partir maintenant. Que le monde va arrêter de tourner si on est pas là, au même endroit que d’habitude, à faire les mêmes choses. Bon, ça a servit à rien visiblement depuis des semaines, des mois et des années qu’on fait ça, ça nous a pas rendu subitement la vie géniale, mais au moins, on sait ce qu’on a. Alors qu’en voyage…

D’habitude on voit les choses sur un plan vertical, avec une liste des priorités bien établie au sommet, et puis de plus en plus fouillis à la base.

En grande angoissée, en bonne élève trop appliquée, cette verticalité m’étouffe complètement. Je n’aurais jamais le 20/20 que j’attends tout simplement parce que personne ne vas me le donner à part moi, et que je suis trop occupée par ma To Do List pour penser à le faire.

En voyage on passe à l’horizontal. C’est la route devant soi, c’est le temps qu’il reste, c’est les kilomètres qui restent, c’est la ligne de chemin de fer, c’est le vol en avion, c’est le trajet jusqu’à la plage. Horizontalité spatiale et temporelle.

L’angoissée que je suis met trois jours à s’adapter.

D’abords, petit à petit les angoisses s’en vont, parce qu’il n’y a plus de temps de cerveau disponible pour elles. Du coup, je dépense moins. De toute façon je suis trop occupée à chercher le meilleur spot de la ville où taper une sieste discretos.

Et puis je finis par réduire mes journées à cette rythmique efficace. Se réveiller. Découvrir des choses. Manger. Faire la sieste. Découvrir des choses. Manger. Dormir.

Peu à peu la sensation devient physique : on a pris un autre rythme. Le corps tout entier se fait plus mobile, plus lent, plus attentif aussi. Un bus raté ? Je vais trouver une solution. Une auberge qui pue ? C’est l’histoire d’une nuit. Je fabrique des sièges pour rendre l’attente plus confortable, je cuisine un repas pour me faire des potes dans une auberge. Je baragouine dans plusieurs langues, je parles avec des gens en espagnol qui me répondent en italiens, on se comprend parfois.

Enfin, enfin, je me fais confiance. J’ai confiance en ma suprême capacité à assurer mon bien-être. J’arrête d’attendre qu’il me tombe du ciel, j’arrête de croire qu’il faut des décisions radicales ou des changements spectaculaires pour l’atteindre. Manger, dormir, sourire. Je peux faire. Je sais faire.

J’aimerais pouvoir vivre mon quotidien avec la même assurance, la même conscience du moment présent, la même tranquillité d’esprit. Pour l’instant j’en suis incapable, alors je speed dans l’attente du prochain voyage.

Enfin ça c’était avant. Avant que des amitiés de plus en plus solides me relient au sol, à cet empire du vertical. Il devient de moins en moins facile de partir en prétendant ne me soucier que de mon bien être.

Mais si il y a bien une chose que j’ai apprise en voyageant c’est que c’est par la pratique, la pratique physique, que l’on trouve les réponses à ce genre de question. Quand on reste immobile les questions tournent dans l’esprit à vide jusqu’à s’encrasser.

A force de bouger, à force de voir que pour moi les choses se passent bien, à force de voir que je n’en suis pas morte, et ce même après avoir fait des crises de panique en Inde si forte que je suis rentrée d’urgence, j’ai pris le goût de ce genre de pari pour l’action.

Et ça, ça se pratique à Budapest comme à Paris, en train comme dans le métro, avec des inconnus comme avec des amis de 10 ans.

J’ai interviewé une célébrité

J’ai pu interviewer Zach Braff pour madmoizelle.com et je ne suis pas vraiment sure de m’en être encore remise…

Mon stage chez madmoizelle.com m’a permis de participer à un certain nombre de projet vraiment cool, couvrir le Festival de Cannes par exemple. Mais ce que je retiendrais surement comme étant mon expérience la plus incroyable c’est bien ça : l’interview de Zach Braff.

Vivi, JD dans Scrubs !

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Pourquoi cette interview comptait beaucoup pour moi

Il y a quelque temps j’ai traversé pas mal d’épreuves sentimentales bien reloues, et pour me réconforter et faire passer les nuits blanches il y avait ça : Scrubs. Tout le temps, encore et encore, jusqu’à tomber de fatigue.

Ça a rythmé mes journées et puis un jour à la rédac on me lance, parce qu’on se lance souvent des choses à la rédac : « Qui veut aller voir le nouveau film de Zach Braff ? ». C’était pour Wish I was here, Le rôle de ma vie en français. J’ai sauté sur l’occasion avec Célia Sway, graphiste pour madz.

Je n’ai pas été déçue : le film est génial. Délicat, passionnant, sincère, c’était vraiment le film que j’avais besoin de voir en ce moment, le genre de film qui te dis : « Ouai, parfois la vie c’est de la merde, mais t’inquiète, on est tous passé par là et ça va maintenant ! ».

Dans la foulée un type de l’agence de distribution du film en France propose à madmoiZelle une interview et comme j’étais la seule rédactrice a avoir vu le film

Alors voilà, deux semaine seulement après m’être refait l’intégrale de Scrubs entre deux boites de kleenex j’allais passer un moment avec la stars qui m’avait fait sourire quand ça allait si mal.

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Avant l’interview

Autant vous dire que sur l’échelle du stress j’étais à +10 000. Pendant une bonne semaine j’ai pensé à tout ça en tentant de contrôler mon stress pour préparer des questions pertinentes et finalement ce mardi matin là c’était le jour J, le jour de l’interview.

Je me rend dans le palace parisien où aura lieu l’interview. Pendant un moment je crois que Léa B., la caméraman de madz, a 10 minutes de retard et je pète un vilain câble… alors que ma montre était juste en avance. Honte quand tu nous tiens…

Une fois qu’elle est arrivée -à l’heure évidement- on se détend en se lançant des vannes et deux autres journalistes qui travaillent pour une radio célèbre nous rejoignent. Des mecs très BCBG un peu prétentieux et trop sûr de leurs charmes… Mais discuter fait passer le stress.

Sur les genoux j’ai la liste de mes questions que Fab, le boss de madmoiZelle, a validé la veille. Discuter avec lui m’a permis d’orienter l’interview de façon à la rendre plus personnelle, mais j’ai encore peur de ne pas réussir à gérer mon temps…

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Pendant l’interview

Finalement il arrive : simple, sympa, pro. Le stress se dissipe aussitôt : j’ai envie de le connaître et j’ai 15 minutes pour le faire.

Si j’adore les interviews c’est pour ça, parce qu’elles te mettent dans les conditions idéales pour faire la connaissance de quelqu’un que tu n’aurais peut-être jamais connu autrement. La personne est disponible, préparée à ta rencontre, et toi tu as déjà tes questions : il y a bien des premiers rendez vous qui ne commencent pas aussi bien !

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T’en fais peut être un peu trop là Zach…

Je sens tout de suite qu’il est très professionnel, il ne semble pas remarquer mes erreurs d’anglais et répond à toutes mes questions en prenant son temps, il est si gentil que je le fixe dans les yeux sans gène comme si nous étions simplement en train de parler autour d’un verre.

C’est là le talent des acteurs de haut niveau : les interviews font partie de leur quotidien. Et derrière cette sympathie feinte il n’y a pas d’hypocrisie mais simplement de l’expérience. Mais cette aisance place une barrière subtile que je n’ai pas le niveau pour franchir, il est trop à l’aise, trop sur son terrain. Et moi trop dans l’attitude de la bonne élève qui a préparé ses petites fiches. 

Un jour peut être j’aurais l’expérience pour réussir, en 15 minutes, le tour de force nécessaire pour sortir un acteur de sa zone de confort, lâcher mes fiches et en tirer un contenu plus exclusif, pour l’instant je me contente de poser mes questions et d’apprécier ses réponses très instructives.

Comme je le craignais la gestion du temps me pose problème, mais pas comme je le pensais : 5 minutes sont passées et j’ai déjà posé la moitié de mes questions ! J’aurais du en profiter pour me détendre et introduire une conversation plus relâchée mais je panique un peu et me raccroche à mes questions secondaires.

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Il fait un peu le show pour terminer autour du slogan de Madmoizelle « Je lis madmoizelle et je ne porte pas de culotte » et nous nous quittons alors qu’il nous conseille de parler de son film à nos amis.

Ce que j’en retiens

Cette interview m’a fait penser à beaucoup de chose. Déjà il s’agit de toute évidence d’une personne sympathique, toutes les équipes travaillant avec lui semblaient ravies, ça ne trompe pas. Ensuite il adore son film et défend avec coeur son projet, il en parle avec passion. Pourtant j’ai aussi ce petit goût d’inachevé : c’est déjà finit ? Tout ce stress pour ça ? La normalité des stars a quelque chose de surprenant.

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I DID IT ! 

Tout ça me donne envie d’avoir encore plus d’expérience pour un jour parvenir à rendre ces 15 minutes encore plus fertiles et profondes, qu’il s’agisse d’un acteur, d’une personnalité quelconque… ou même d’un inconnu en bas de chez moi ! C’est dur, le travail de l’interview, mais ça a quelque chose de réellement passionnant. J’ai pu débrieffer avec Fab qui m’a donné de précieux conseils pour faire mieux les prochaines fois : mieux travailler l’introduction et la conclusion de l’interview, oser être plus dans la conversation et moins dans le question/réponse…

J’espère progresser rapidement, cette interview m’en a donné envie, mais j’espère encore plus que Wish I was here aura un beau succès, ce film le mérite !

Le résultat est à voir sur madmoizelle.com !