Avertissement nocturne

Il fait nuit
Et un peu peur.
Un sentiment de panique discret,
Se tapis dans mes feuilles de tabac à rouler.
Il fait nuit
Et un peu froid.
Je me sens seule
Mais ce n’est pas, ce n’est plus, la première fois :
J’ai l’habitude
Du tendre sentiment de solitude.
Elle s’enlace à ma taille,
Et projette,
Mes lèvres
Vers la prochaine cigarette :
Sa lueur rouge me rassure
Seule désormais à me pousser vers l’avant.
J’interromps là mon inspiration,
Et roule mon futur démon,
Je ne suis pas à un cancer près :
Gorge, oesophage, poumon,
Je préfère ne rien négliger,
Toute à mon oeuvre d’auto destruction.
Il fait nuit
Et pas un bruit
Pendant ce temps là,
Sur le balcon j’expire,
Et prie pour que ces tenèbres ne se dissipent jamais.
La solitude en pleine nuit c’est romantique,
On peut en faire des poésies,
Ou des musiques.
Mais en plein jour il n’y a à rien à en faire,
Et il faut se meller à la foule,
S’abandonner à cette houle, qui projette,
Mes lèvres,
Vers la prochaine cigarette :
Sa lueur rouge me rassure
Seule désormais à me faire regarder devant.
Rouge à lèvre marron sur lèvres blêmes,
Avoir l’air plus forte et donc plus vieille,
N’importe où sauf ailleurs et promène,
Mes lèvres,
De cigarettes en cigarettes.
J’y pense la tête à ma fenêtre…
Et puis j’oublie.
Il est tard, passé minuit.
Il y a aurait presque rien à en dire,
Si ce n’est la nécessité, vitale, de parler.
Il fait nuit et un peu peur.
Ca pourrait presque se finir comme ça.
Il pourrait ne plus jamais rien y avoir qui prenne aux tripes.
Et ce silence des 3h du mat pourrait avaler le monde tout entier.
Si cette idée te fait peur :
Inspire, expire,
Et fume,
Que tes lèvres servent au moins à quelque chose d’autre,
Qu’à se mordre elle même,
Faute de mordre d’autres épidermes.
Bien sûr le jour va se lever,
Et tout sera à recommencer :
De cette soirée dans quelques jours je ne me souviendrais plus de rien.
Et quand à soixante ans j’aurais du mal à respirer,
A inspirer, à expirer,
Je ne me souviendrais même plus,
De la saveur qu’avait cette nuit là,
Entre ton parfum, ce silence, et cette odeur de tabac froid.
Mais pour l’instant,
Alors qu’il fait nuit,
Alors qu’il fait froid,
C’est tout mon univers qui se résume,
A cette fumée,
Et à cette cigarette, qui se consume.
Mais il faudra bien,
Un jour, que quelqu’un parle,
Et dise la vérité,
Sur les femmes de mon âge.
Sur la violence contenue dans un trait de rouge à lèvre.
Et ces paupières noircies.
Ne vous y trompez pas :
Il n’y a là rien de faible, de poétique ou de charmant,
C’est une rage vitale,
Et qui dans un éclat d’émail,
Mord crie et hurle,
D’une ferveur toute animale.
Ce n’est pas de l’hystérie,
Ce mal imaginaire, au fond plutôt joli.
C’est de l’énergie pure qu’on réfrène mal,
Ces lèvres, rouges, assassines,
Qui se baladent,
De cigarette en cigarette,
Pour calmer ces pulsions muettes.
Un jour il faudra bien qu’on vous dise :
La force de ces fureurs insoumises.
Mais pour l’instant continuons à faire semblant,
Puisqu’il fait nuit, puisqu’il fait froid,
Je serais fragile,
Et j’aurais un peu peur.
Courant dans vos bras les yeux baisés,
Pour mieux vous cacher,
La lueur criminelle et féline,
L’impudeur et l’envie d’en jouir,
Et toute ces choses que l’on sait ne pas devoir dire.
Mais sache toi,
Qui me regarde affalé dans mon salon la télécommande sur les cuisses,
Que si je fume,
Ce n’est pas parce que je suis triste,
Ou que j’ai froid,
C’est pour qu’il y ait quelque chose en ce monde qui brule :
Et que, pour l’instant, ce ne soit pas toi.

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Fille d’Automne

C’était une de ces filles née en Septembre.
Et qui ne souriait jamais sauf dans sa chambre.
A sept ans déjà elle traversait les miroirs,
Comme on traverse des mouchoirs.
Les yeux grands, vides et noirs,
Non, vraiment : Rien de sympathique,
Dans ce regard.

Elle apprenait à marcher,
Qu’elle avait déjà les poings serrés
Sur les rembardes d’escaliers,
Refusant de tomber pas même une fois,
Pour faire plaisir à ses parents
Qui auraient voulu pouvoir la rattraper.

Dans ses veines,
Coulait un enduit lourd et opaque,
Du genre de ceux dont on recouvre
Les portes des cloaques pour qu’elles s’ouvrent.

Écrasant à deux mois déjà les feuilles mortes,
Par jalousie.

On se voyait en elle,
Comme on se voit à travers les cauchemars.
Et à peine se croyait on jugé,
Qu’elle n’était déjà plus là.

Elle avait adolescente,
Déjà,
Cette violence,
De celle qu’on ne retrouve que chez les vieillards
Dont les regardes mornes
Ponctuent les fenêtres des maisons de retraites.

C’était une de ces filles,
Née dans les années 2000,
Entre l’été et l’hiver,
Ne croyait plus être la première en rien,
Ni en la religion ni en la famille,
Ni en Goethe ni en Prévert,
Se contentant d’exister, avec fatigue,
Haineuse avant même d’avoir été aimée une fois.

C’était une de ces filles.
Qu’on souhaiterais ne jamais avoir
Et qui pourtant était là.
Et il fallait bien faire avec.

Ses poèmes étaient arithmétique,
Et son beat et son rythme,
Hypnotisent avec malaise,
Comme la musique électronique,
Qu’on entendait dans ces fêtes
Alternant musique et fixes.

Son esprit était une dentelle,
Alternant éclair de génie,
Et creux consternant.

On en attendait rien :
Elle donnait tout,
Faute de savoir se retenir,
Plus que par générosité.

Indifférente à l’amour des autres,
Faute d’en avoir pour elle même.
Simple éructation de la vie,
Adolescente à peine finie.
Hanche étroite, seins petits.

Rebelle à toute caricature
Belle erreur de la nature
Femme au milieu des technologies
A son aise parmis les machines

Elle inventait des systèmes
Des algorithmes
Créant virtuellement
De la poésie, de la musique.

Julie

I.
J’ai croisé le Petit Chaperon Rouge.
C’était quelque part sur un des ponts qui relie Buda à Pest, en Hongrie.
Une jolie rousse,
Du nom de Julie.
Son corps était cassé, meurtri,
« Si tu souffles, je m’écroule », qu’elle m’a dit.
Un peu comme toute la ville,
Dans une sorte de souffle en suspension…
Budapest c’est avant tout une haute forme d’illusion.
Tu connais les tueries et le vice, Elle aussi.
Mais Elle l’oublie dès minuit dans des bars construits à la va-vite,
On y sert des pizzas, de grosses parts,
On y écoute du jazz, et bien sûr il y a de l’alcool.
« Si tu souffles je m’écroule », qu’elle m’a murmuré, soûle, Julie.
Tu y croises des touristes, des vieux,
Des gens avec des bras en moins,
Des malades à la peau infectée, trouée,
De magnifiques femmes de l’est, de vieux hippies l’air perdu.
Mais tout le monde retient sa respiration.
Est ce que ça va tenir ?
Sur un des ponts qui relient Buda à Pest,
En face de la colline qui surveille la fête,
Le vent soufflait fort quand j’ai rencontré Julie,
Juste avant qu’elle ne s’envole…

J’ai alors eu l’impression que la croute terrestre allait se déchirer,
Entre Buda et Pest.
Que tout ça ne pouvait pas tenir.
J’ai vu les immeubles s’écrouler,
Les piliers du pont céder,
Une faille gigantesque,
Entre Buda et Pest,
S’était creusée.
Une faille de la taille de l’horizon.
Et le Danube s’épanche en cascade sur la plaie.
Julie avait raison, si on souffle, tout s’écroule.
II.
J’ai pensé la Terre coupée en deux,
Il est déjà trop tard.
Je ne pourrai plus jamais revenir en arrière,
Retourner en France.
Je suis coincée à Pest.
La colline que je devine à peine au loin me nargue.
Je resterai coincée à l’Est.
J’ai beau me mentir,
Recolmater le monde
A grand coup de nostalgies,
A grand coup de souvenirs,Ca ne marche pas. Ca ne marche plus !
Ce jour-là où j’ai rencontré Julie…
Mon cerveau est comme un grenier,
Rempli d’insectes.
Et de cartons tachés par l’humidité.
Et Julie est entrée dans mon esprit,
Via la bobinette, la bobinette…
Il me faut partir vite, très loin.
Pour les autres j’aurai disparu,
Et ce sera presque pareil…
Je dois apprendre à m’élancer,
Plus loin et plus vite que la Tristesse.
Je passerai ma vie à partir.
Mais je ne courrai pas pour fuir,
Je courrai pour remonter le temps !
Faisant cracher mes poumons,
Me libérant de cette substance noirâtre qui m’embourbe.
Je me noierai dans cet instant pur d’avant les salissures.
Et je renaîtrai, ailleurs, autre part…
Reniant jusqu’aux plus fondatrices de mes blessures.
J’irai à Florence,
Là où les musées parlent la nuit,
J’irai à Rome, là où tout a commencé.
J’irai en Serbie là où les gens sont tous coupés en deux.
J’irai au Japon où les fantasmes vont plus loin que l’humain.
Je ne serai plus qu’une particule en suspension…
A peine visible, j’aurai disparu :
Debout je contemple la faille :
Et je repense à Julie :
Elle avait la peau si blanche…
Une femme puzzle,
Composée au hasard,
Les pièces s’emboîtaient mal,
Elle n’était même pas jolie, Julie.

III.
Julie danse dans mon esprit.
Je vois une tache rouge qui tournoie,
Qui me nargue et se noie dans le Danube,
Un peu plus
Bas.
Je la vois rejoindre les Derviches de Turquie,
Puis les enfants aux robes longues,
Dans le jardin de mes grands parents,
Et enfin se jeter dans le Danube,
Fleuve inexistant.
Elle ne laisse qu’un pli dans l’air pour la suivre :
Nous la suivons le fleuve et moi,
Emportés jusqu’à Belgrade,
Là où les gens voient tous double,
Dans de pathétique bus à dix sièges en fer,
Et où la forêt couvre la capitaleLa capitale toute entière.
Où l’on sent encore le sang,
Qui couvre les terrains de tennis de la ville
D’une ocre sombre.
Des Papis si sympathiques
Qui ont peut être tué des Musulmans
Qui te demandent en souriant « Francheska ? ».
« Plus maintenant » répond Julie.
Et Julie danse dans mon esprit,
Je cherche à l’attraper et à lui tordre le bras
Mais elle traverse déjà la Slovénie,
Elle est vive Julie,
A côté d’elle tous les humains ont l’air mort, ont l’air vieux.
Elle avait à peine 14 ans
Quand elle m’a dit en rigolant :
« Si je te souffle dessus, tu t’écroules ».
IV.
J’ai frappé Julie,
Perforer la chaire humaine est en réalité très facile,
Elle est bien tendue,
Comme un tambour,
Et je l’ai refrappée avec l’acharnement de quelqu’un qui veut démolir,
Au début ça résiste et puis la lame avance ensuite
Glissant sans soucis entre les viscères.
Je me suis découvert une force nouvelle
En même temps que le sang blanc de Julie purifiait mon monde,
La force de ceux qui atteignent leurs objectifs,
Son sang colmate la Terre et recolle les morceaux détruits de l’Europe,
J’ai découvert la force de l’homme lorsqu’il répare ses erreurs,
Et alors que je plongeais mes mains dans ses chairs
Pour mieux en déchirer l’intérieur
Je me mis à chanter une chanson apprise il a des années :
« -Quand Julie était une p’tite fille,
Une p’tite fille,
Elle faisait comme ça :
Maman ! Maman ! »
Finalement elle n’est pas si différente d’une octogénaire
Une fois étalée comme ça au sol
Comme un gros coussin en cuir blanc qu’on aurait déplumé.
Elle n’a plus que la peau sur les os.
J’ai enlevé tout le reste.
Joli cadavre roux…
J’ai tué Julie et sa peau blanche, à la machette, à la machette…
Et ne reviendrai plus jamais, à Budapest, à Budapest….
C’est là que j’ai compris.
VI.
En tuant Julie j’avais tué l’antique peur de la mort.
De ce genre de pont comme il y en a,
Entre Buda et Pest,Certains se jettent pour en finir
Tandis que moi je m’envolais…
Un peu plus loin,
Fatiguée par la route du retour,
Je me suis lavée dans le Danube,
Aux environs de Vienne,
L’eau était un peu boueuse.
Mais je n’avais plus peur
Ni de la crasse ni du vent ni de la nuit.

J’ai interviewé une célébrité

J’ai pu interviewer Zach Braff pour madmoizelle.com et je ne suis pas vraiment sure de m’en être encore remise…

Mon stage chez madmoizelle.com m’a permis de participer à un certain nombre de projet vraiment cool, couvrir le Festival de Cannes par exemple. Mais ce que je retiendrais surement comme étant mon expérience la plus incroyable c’est bien ça : l’interview de Zach Braff.

Vivi, JD dans Scrubs !

zach

Pourquoi cette interview comptait beaucoup pour moi

Il y a quelque temps j’ai traversé pas mal d’épreuves sentimentales bien reloues, et pour me réconforter et faire passer les nuits blanches il y avait ça : Scrubs. Tout le temps, encore et encore, jusqu’à tomber de fatigue.

Ça a rythmé mes journées et puis un jour à la rédac on me lance, parce qu’on se lance souvent des choses à la rédac : « Qui veut aller voir le nouveau film de Zach Braff ? ». C’était pour Wish I was here, Le rôle de ma vie en français. J’ai sauté sur l’occasion avec Célia Sway, graphiste pour madz.

Je n’ai pas été déçue : le film est génial. Délicat, passionnant, sincère, c’était vraiment le film que j’avais besoin de voir en ce moment, le genre de film qui te dis : « Ouai, parfois la vie c’est de la merde, mais t’inquiète, on est tous passé par là et ça va maintenant ! ».

Dans la foulée un type de l’agence de distribution du film en France propose à madmoiZelle une interview et comme j’étais la seule rédactrice a avoir vu le film

Alors voilà, deux semaine seulement après m’être refait l’intégrale de Scrubs entre deux boites de kleenex j’allais passer un moment avec la stars qui m’avait fait sourire quand ça allait si mal.

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Avant l’interview

Autant vous dire que sur l’échelle du stress j’étais à +10 000. Pendant une bonne semaine j’ai pensé à tout ça en tentant de contrôler mon stress pour préparer des questions pertinentes et finalement ce mardi matin là c’était le jour J, le jour de l’interview.

Je me rend dans le palace parisien où aura lieu l’interview. Pendant un moment je crois que Léa B., la caméraman de madz, a 10 minutes de retard et je pète un vilain câble… alors que ma montre était juste en avance. Honte quand tu nous tiens…

Une fois qu’elle est arrivée -à l’heure évidement- on se détend en se lançant des vannes et deux autres journalistes qui travaillent pour une radio célèbre nous rejoignent. Des mecs très BCBG un peu prétentieux et trop sûr de leurs charmes… Mais discuter fait passer le stress.

Sur les genoux j’ai la liste de mes questions que Fab, le boss de madmoiZelle, a validé la veille. Discuter avec lui m’a permis d’orienter l’interview de façon à la rendre plus personnelle, mais j’ai encore peur de ne pas réussir à gérer mon temps…

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Pendant l’interview

Finalement il arrive : simple, sympa, pro. Le stress se dissipe aussitôt : j’ai envie de le connaître et j’ai 15 minutes pour le faire.

Si j’adore les interviews c’est pour ça, parce qu’elles te mettent dans les conditions idéales pour faire la connaissance de quelqu’un que tu n’aurais peut-être jamais connu autrement. La personne est disponible, préparée à ta rencontre, et toi tu as déjà tes questions : il y a bien des premiers rendez vous qui ne commencent pas aussi bien !

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T’en fais peut être un peu trop là Zach…

Je sens tout de suite qu’il est très professionnel, il ne semble pas remarquer mes erreurs d’anglais et répond à toutes mes questions en prenant son temps, il est si gentil que je le fixe dans les yeux sans gène comme si nous étions simplement en train de parler autour d’un verre.

C’est là le talent des acteurs de haut niveau : les interviews font partie de leur quotidien. Et derrière cette sympathie feinte il n’y a pas d’hypocrisie mais simplement de l’expérience. Mais cette aisance place une barrière subtile que je n’ai pas le niveau pour franchir, il est trop à l’aise, trop sur son terrain. Et moi trop dans l’attitude de la bonne élève qui a préparé ses petites fiches. 

Un jour peut être j’aurais l’expérience pour réussir, en 15 minutes, le tour de force nécessaire pour sortir un acteur de sa zone de confort, lâcher mes fiches et en tirer un contenu plus exclusif, pour l’instant je me contente de poser mes questions et d’apprécier ses réponses très instructives.

Comme je le craignais la gestion du temps me pose problème, mais pas comme je le pensais : 5 minutes sont passées et j’ai déjà posé la moitié de mes questions ! J’aurais du en profiter pour me détendre et introduire une conversation plus relâchée mais je panique un peu et me raccroche à mes questions secondaires.

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Il fait un peu le show pour terminer autour du slogan de Madmoizelle « Je lis madmoizelle et je ne porte pas de culotte » et nous nous quittons alors qu’il nous conseille de parler de son film à nos amis.

Ce que j’en retiens

Cette interview m’a fait penser à beaucoup de chose. Déjà il s’agit de toute évidence d’une personne sympathique, toutes les équipes travaillant avec lui semblaient ravies, ça ne trompe pas. Ensuite il adore son film et défend avec coeur son projet, il en parle avec passion. Pourtant j’ai aussi ce petit goût d’inachevé : c’est déjà finit ? Tout ce stress pour ça ? La normalité des stars a quelque chose de surprenant.

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I DID IT ! 

Tout ça me donne envie d’avoir encore plus d’expérience pour un jour parvenir à rendre ces 15 minutes encore plus fertiles et profondes, qu’il s’agisse d’un acteur, d’une personnalité quelconque… ou même d’un inconnu en bas de chez moi ! C’est dur, le travail de l’interview, mais ça a quelque chose de réellement passionnant. J’ai pu débrieffer avec Fab qui m’a donné de précieux conseils pour faire mieux les prochaines fois : mieux travailler l’introduction et la conclusion de l’interview, oser être plus dans la conversation et moins dans le question/réponse…

J’espère progresser rapidement, cette interview m’en a donné envie, mais j’espère encore plus que Wish I was here aura un beau succès, ce film le mérite !

Le résultat est à voir sur madmoizelle.com !

Hé gamine !

Et gamine !

Il était une fois c’était une fois…
Hé il est tard Gamine,
Il faut tourner la page…
Hé Gamine ne pleure pas, surtout reste sage
On t’en lira d’autres des livres d’images.
Quoi t’as peur du noir ?
Pourquoi tu me fais ces yeux là,
C’était pourtant compris entre toi et moi,
Que moi et toi ça n’durait pas.
Si ma condescendance te blesse
Rappelle toi qu’il n’y a que les bons souvenirs qui restent.
On va pas s’mentir ça fait longtemps que j’te délaisse,
Mais tu comprends ma prétention est depuis
Bien trop longtemps
Ma seule maîtresse.
Te voir là sanglotante sur le lit me stress,
J’ai pas l’impression d’avoir fait quelque chose de mal !
Tu devrais déjà être contente,
Que j’ai écris,
Rien que pour toi,
Au moins trois textes.
C’est déjà bien plus que pour toutes mes autres ex.

Il était une fois c’était une fois…
Putain cette histoire me saoule,
J’la connais déjà par coeur,
Ou du moins j’ai l’impression,
De l’avoir vu dans un film à la télévision.
Tu comprends j’avais besoin de plus de sensation,
Et pas d’squatter toute la journée,
Sur l’canapé,
Dans ton salon.
T’as pas l’air de comprendre,
Recroquevillée sur le sol de ta chambre,
Que notre appart était devenu vraie une prison…
Hé jolie logeuse, ne pleures pas ma lâcheté ne le supporterai pas.
Alors oui je m’y suis enfermé seul comme un con,
Et c’est dommage que tu doives supporter,
Seule à présent,
Les conséquences de ma décision.
Mais compte pas sur moi pour revenir sur mes pas,
La liberté se savoure entre trois bières et quatre pétard,
Les mêmes sur lesquels tu tirais pour m’supporter de plus en plus le soir.
On se disputait pas souvent et je sais que ça te choque,
Mais aujourd’hui malgré tes larmes je prend moi même la porte.
Hé Gamine je sais bien que je retourne au médiocre,
Mais toi et moi ça risquais de ressembler à quelque chose,
Et de toi à moi c’est encore moi que je préfère,
Donc ne pleure pas : on ne perd rien lorsqu’un égoïste s’évanouit dans l’air.
Et si ma condescendance te blesse,
Pense un peu à moi et ma détresse.

ll était une fois c’était une fois…
C’est toujours la même histoire :
J’ai jamais pu supporter de faire les comptes,
Et de mois en mois la tension monte.
Le défis est trop grand et face au potentiel de réussite,
J’finis toujours par prendre la fuite.
Tu le savais bien je n’disais jamais nous :
Je parlais pas de toi à mes potes,
Et l’étagère où on juxtaposait les DVD :
Les tiens et les miens sans jamais les mélanger.
Prend pas ton air suprise t’as dû en avoir pour ton compte,
Gamine dit moi merci jusque là d’avoir été gentil :
J’aurais pu te dire que ta possessivité me stress,
Que je supportais pas que tu lises mes sms,
J’aurais pu te dire que tu n’m’écoutais pas assez,
Même si à chacun de tes « Ça va ? » j’esquivais.
J’aurais pu te dire tout ce qui n’allait pas,
Mais je le fais déjà pas pour moi,
Je vais certainement pas commencer une introspection aussi difficile,
Pour une fillette aussi docile.
On en aura bien profité enfin je crois
Ne m’en veux pas bonne nuit et n’m’apelle pas.

Ce que voyager seule peut apporter à une femme

Une des questions les plus courante sur google en rapport avec le voyage concerne le statut des femmes voyageant seules. J’ai voulu renverser la perspective et m’interroger sur ce que le voyage apporte à une femme voyageant seule plutôt les dangers qu’il lui ferait encourir. A chacun ensuite de faire le calcul selon ses intérêts propres.

I. La pudeur.

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Donne moi tout ce que t’as Louis ! Oh yeaaaah 

C’est d’abord un passage obligé : celui du dortoir, souvent mixte, parce que moins cher ou tout simplement pas le choix. Après trois jours à se contorsionner sous la couette pour enfiler son pyjama, finalement à l’envers, on finis par se décoller les mirettes de son nombril et par remarquer un peu plus ce qui nous entoure : cet homme au bide proéminent qui n’a pas peur de se promener torse poil, ce type charmant qui s’endort vêtu d’un seul boxer, cette nana qui se trimballe en soutif cradingue les jambes même pas épilées, ce groupe de gonzesse en tee shirt-slip trop large sur un lit couvert de miette. Goddam : personne n’en a rien à faire de votre nudité. En général dans un dortoir d’auberge les principales activités sont : ronfler, décuver, geeker. Globalement que vous ayez les plus belles fesses de l’univers ou une immonde cellulite tout le monde s’occupe d’autre chose : gérer l’argent, l’itinéraire… Si les auberges sont des lieux propices aux rencontres et à la drague le dortoir bénéficie du statut de territoire neutre et passé un petit temps d’adaptation on découvre le bonheur qu’il y a à pouvoir se changer tout en parlant alcool local et bar du coin à la mode avec un parfait inconnus dont la petite copine est elle même en train de se vernir les ongles sur le matelas en face.

Mais ce n’est pas que ça, désapprendre les codes de sa propre pudeur passe aussi en voyage par, évidement, le contact avec d’autres cultures. Et pour cela pas besoin de traverser six fois le monde, les gens du monde entier ont la gentillesse de venir jusqu’à vous : c’est cette japonaise qui traine dans son plus simple appareil poilu dans le vestiaire d’un bain thermal espagnol la touffe majestueuse à l’air, c’est cette allemande naturiste qui pratique en plein dortoir, c’est cette irlandaise et cette anglaise qui trainent ensemble en miniminimini short sans même sembler y réfléchir. Alors forcément on relativise : je suis choquée par ces femmes du Maghreb et japonaises tout à fait à l’aise à poil dans les bains féminins autant que la maghrébine sera choquée par les jambes que je montre tandis que la japonaise, toute gambette dehors, sera choquée par ma façon de parler cul. C’est une chose de le dire, s’en est une autre de l’avoir vécu, vu et ressenti. Petit à petit notre pudeur d’adapte : montrer ses jambes deviens plus naturel car un short prend moins de place dans un sac à dos, la nudité perd en transgression : on dédramatise car Satan ne se cache pas derrière un décolleté trop profond.

Voyager seule pour une femme c’est l’occasion, sans biais introduit par la présence d’un proche, de remettre en question profondément son rapport à son corps.

II. L’inconnus n’est pas mon ennemi

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Calme toi Zoey, tout va bien se passer… Mwahaha…

A Paris je m’évite de passer par la Gare du Nord passé 22 heures. C’est assez paradoxal puisque j’ai fais le pied de grue avec une amie dans une gare chelou de Belgrade à des heures indues attendant un train de nuit, tout simplement parce que pas le choix, entouré de punk à chien avinés. En France je suis d’abord une femme, ensuite une citoyenne. En voyage je suis avant tout un voyageur : le terme est neutre parce que les nécessités du voyage prennent le pas sur mon sexe : le train ne va pas arriver plutôt juste pour faire plaisir à une petite nana abandonnée à son sort. Lancé dans le grand bain sans brassard on doit bien se débrouiller par soi même très vite, en voyage on est dépendant des gens qui voudront bien nous aider, nous montrer le chemin, nous renseigner sur les coins à connaître, ou tout simplement nous parler pour rompre la solitude d’un voyage en solo. Et dû à la façon dont la nature est faite on a 50% de chance de tomber sur un homme. Alors on oublie un moment le grand méchant loup qui se cache derrière tout mâle et on ose l’inconnu et là miracle : tout va bien.

Le statut de voyage présente une faiblesse qui est la même chez l’homme et la femme : on se fait remarquer. Les gens savent pertinemment que vous n’êtes pas du coin, que vous êtes donc profondément faible et ainsi s’accumulent les arnaques, les tentatives d’intimidation, les agressions. L’idée c’est que l’on a pas la maîtrise du terrain. A ce petit jeu là l’homme est aussi susceptible de se faire exploser la gueule pour son appareil photo qu’une femme pour son entre-cuisse. Une fois qu’on a compris ce principe on comprend autre chose : plus l’on accueille cette part d’inconnus, plus on acquiert cette maîtrise du terrain. Parler avec des hommes c’est peut être parler avec ceux qui vous défendrons face à cette femme saoule sortie du bar qui s’est mis en tête de vous refaire le minois parce qu’elle déteste ces connards de français depuis que Jean-Jacques lui a fait miroiter une vie à Paris sans résultat.

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Je te le fais pas dire Jimmy.

Voyager seule pour une femme c’est l’occasion de remettre en question son rapport à l’altérité, et surtout sa perception du danger pour une conception moins fantasmé, plus concrète, plus au contact de la réalité des rapports humains sans avoir la pote flippée qui fait paniquer tout le groupe ou le pseudo grand frère qui te ramène à ta place de victime-toute-prête.

III. L’indépendance.

On en arrive à mon troisième et dernier points : ce que ça veut vraiment dire, être indépendante en voyage, et notamment en voyage solo. On a tendance à se faire une fausse idée de l’indépendance : prendre des risques, aller dans les ruelles sombres, vivre sans argent, à la débrouille. Plus on accumule les galères plus on se sentirait indépendant. Une blague courue dans le milieu du voyage raconte que pour monter l’Himalaya vous avez le chemin facile, le chemin difficile et le chemin des français. Chercher la merde ne fera jamais de personne un Mac Gyver, ça en fera juste un imbécile. L’authenticité ne se cache pas dans le danger, les vrais locaux ne vont pas dans ce quartier ? N’y allez pas. Il y a peu de chance que vous tombiez sur ce petit resto charmant et so typique dont vous rêviez dans une ruelle puant la pisse.

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Non Brad. Après avoir tout perdu tu as froid et tu as faim à la limite mais j’appellerais pas ça liberté. Et c’est certainement pas avec cette chemise à la mode et ton statut de personnage de fiction que tu vas me faire renoncer à mon sac de couchage moelleux . 

Voyager à la dure n’est pas voyager de façon plus réaliste, c’est se lancer un défis : un défis d’endurance, un défis lancé à nos nerfs, permettant d’apprendre à gérer le stress, un défis lancé à notre timidité. On peut parfaitement vivre une expérience de voyage authentique et ne pas se sentir tenté par ce genre de défis. Personnellement en voyage je m’assure toujours d’avoir toujours assez pour me payer mon hébergement, c’est comme ça que je me sens indépendante, je préfère être dépendante de mon argent plutôt que de la bonne volonté d’autrui, c’est un choix parmi d’autre.

L’indépendance en voyage qui ne s’apprend réellement qu’en voyageant seul dépend donc de notre propre définition personnelle du voyage et non pas d’un mythe à la Pékin Express. Une femme en voyage se retrouve donc face à un défis autrement plus complexe que celle de craindre le violeur derrière ce sympathique couch-surfeur :il s’agit de définir ce qu’on attend de son voyage, et donc de soi-même, cet exercice d’introspection peut s’avérer bien plus dur que de trouver à manger pour 1 euros.

On pose souvent la question de la sécurité des femmes voyageants seules or à quelques exceptions près, genre la Syrie actuellement, aucun pays n’a intérêt à génocider 50% de sa population, dans les pays où la sécurité des femmes est la plus menacé votre statut, probablement, de femme blanche-assimilée occidentale vous fera peut être passer pour une perverse (beaucoup de pays n’ont que le porno occidental pour se détendre) mais vous protégera aussi, ici le statut “d’étranger” du voyageur n’agit plus comme une barrière mais comme une protection. A quelques exceptions immondes prêt qui, si on s’y laisse impressionner, donne raison aux agresseurs. L’indépendance n’est donc pas une source de danger, c’est au contraire votre capacité à être indépendante qui vous permettra de réagir face au danger sans attendre que quelqu’un d’autre prennent des décisions à votre place quitte à faire preuve d’imagination. Petit exemple : un homme aviné cherchait à monter dans mon lit en hauteur, un livre épais a fait office de massue qui s’est abattue sur son crâne. Connaître le terrain, être préparéer intérieurement à réagir, voilà ce qu’apprend le voyage et qui peut être réutilisé avec intelligence une fois rentrée chez sois.

Ma définition d’un équilibre idéal serait donc le mélange entre cette nécessité de se sentir à l’aise dans son voyage et cette nécessité d’aller vers autrui et donc de sortir de sa zone de confort. A titre personnel il me faut donc, pour kiffer un voyage, me sentir à la fois indépendante au sens où je l’entends (financièrement, ce qui signifie de faire des voyages à la mesure de ma bourse, ce qui limite forcément mes horizons) pour partir à l’aventure en me disant qu’au pire j’ai de quoi payer le vol de retour en cas de gros pépin. Ca démontre beaucoup de mes valeurs, de la place que je donne à l’argent, au contact avec autrui, et c’est en voyageant seule que je l’ai appris. A chacune de trouver son équilibre, de comprendre ce qu’elle attend de son voyage et donc d’elle même afin de mieux comprendre à quel système de valeur on estime appartenir, aucun n’est profondément mieux qu’un autre.