Open City

J’ai des serpents qui glissent le long de mes bras… En glissades froides, j’ai des serpents qui glissent le long de mes bras…
Et tombent,
tombent,
tombent en
-Bas…
J’ai des serpents qui glissent le long de mes bas… Et je ne sais pas-
Pourquoi.
Les hommes pales fondus, se fondent dans la fonte des murs d’acier d’une ville froide et-
Grou-i-llante de serpent.
Qui glissssent,
glissssent… Jusqu’à la ligne suivante :
Serpent.

Le bleu de l’eau et le bleu de l’air masquent mal, l’horizon rouge… La langue de feu du serpent qui glisse…
Le long du précip-
ice. Celui de la ligne suivante :
Serpent.

Au sol;
La city glaciale qui ondule son corps entre les monts, les vallées, la city qui s’enlise…
Mais l’horizon est rouge et délimite, le ciel, la terre, et ses limites, le ciel, la terre, et ses poursuites…
L’éclairage qui tangue, comme, comme, mon corps qui, danse, danse, comme…
Un serpent.

J’ai des serpents qui glissent le long de mon cou, me donnent un-
Baiser une-
Pelle.
De celle qu’on voit, froide, dans les city, les city les plus industrielle…
Mon serpent me fait une cravate, une cravate mouvante, oui certes ma cravate est-
Vivante.

Le bleu de l’eau et le bleu de l’air frappent la terre qui disparait sous l’éclairage discret-
De la lune. De la city, la city qui ne sait plus où sont,
Ses limites ridicules et
(Sous la
Lune.)
Ses enfants qui déhambulent
Entre les serpents.
Serpent, enfa__Nt, serpent… Enf…
Les serpents ont mangé les enfants. Fils de pute.

J’avale, j’avale, des litres de papier, papier journal.
Je suis l’Avaleuse qui avale le pire
De la city, de ses sbires, j’avale, jusqu’à la ligne suivante,
Des serpents.
Dans la city on m’appelle : La Servante. Et je sluuuuurps mes reptiles,
Je suis une-
Citoyenne docile.

Mais je fais l’effort de lever, rien qu’un peu, le visage.
Je regarde la Gare, au loin, c’est un Poumon.
La fumée qu’elle
Expulse !
Est une Promesse. Je sens que
(Là haut)
L’air est plus frais. Qu’il y a une Possibilité.
Je contemple cet ailleurs en sentant, que montent;
Le long de mon corps. Montent,
Montent les serpents.

Orbites mortes j’ai des serpents, des serpents qui rentrent dans mes yeux, qui les gobent comme on gobe-
Des oeufs.
-Gluuuups!
Et s’incrustent dans ma tête j’ai, un nid de serpent, dans la tête, j’ai, un nid de serpent, c’est-
Enivrant…
Je les sens qui pénètrent dans ma gorge et qui, ondu
lent, on
dulent, jusqu’à la-
-La prochaine ligne ?
-Non, la-
Vésicule.

Crédule; je prends des vessies pour des lanternes et l’éclairage de la ville… Est terne.
J’ai des serpents dans mon ventre, je les sens, qui me hantent, je sens
Des serpents qui se dandinent jusqu’à…

C’est l’anarchie ! Ou son très exact contraire…
J’entends, j’entends à présent,
Jusqu’au plus infime
Infi…
Sifflement, des serpents.
(-Leurs têtes frétillent à mon oreille..
-Ils sont des centaines, des centaines.).

Et la city s’incline… Sous la force lente des reptiles, elle se visqueuse…
Et l’eau et l’air ont fait plier la terre… Il n’y a presque plus d’horizon.
Partout règne une odeur d’eau croupie et de boue…
Une tache rouge. C’est l’anarchie ! Ou bien le coucher de la lune…
Tandis que les serpents dévorent mon estomac. Enfin.
Je n’ai plus faim.
C’est le Progrès.

J’ai froid, je suis nue, car les serpents ont tout mangé, alors qu’ils étaient, alors qu’ils glisss sssaient…
Laissant à vue mes rouages ; les plus connus, les plus sages;
Et mes lambeaux de chair frissonnent au contact des écailles :
Vêtement mouvant qui ne réchauffent rien. Pudeur. Honte.
Et mes lambeaux de chair sentent avec précision la moindre :
-On-du-la-tions.
J’ai froid car leur corps glacés en touchant mon sang, en touchant mes tripes les as
Dé-
-Chirés.
Laissant
-S’échapper
Des odeurs dégueulassent de corps, dé-com-po-sé.
Alors il faut que …
Je danse, je danse sous l’impulsion des serpents qui-
En moi,
Passent inaperçus.
Me font courber, me font danser car, je les sens qui descendent, dans mes jambes.
J’ai des serpents qui glissent dans mes jambes…
Je suis un caducée qui se dandine sous le charme,
Des ssssssifffffllllements :
Mes artères, mes veines, sous leur passage, s’écar_tent,
Attention !
Oh,
Les doux les doux
Reptiles…

Car les serpents car les serpents glissent,
En moi.
Docile, comme la fumée…
D’une cigarette ou d’un spliff…
Je m’agite.
-Respire… respire…
J’étouffe !!!

Et les volutes et les volutes et les volutes…
S’envolent
Et mes pensées et mes pensées… –
S’affolent…
Les lumières de la city comme une Idole
Que j’admire et que je crains-
Vraiment…
Illuminent mon visage d’éclat bleu et blanc…
Qui donnent,
(Sur l’ocre de ma peau),
L’impression d’un vert tendre…

La fumée des locomotives au loin grimpe, et conquière;
L’Espace.
En cette fumée on peut voir peu à peu…
Survolant la ville,
(-Là haut elle doit exister encore…)
Des appareils.
Ce sont les enfants de la city.
Des cargo culte, insolents. Dans l’océan de bleu
Qui s’enivrent, on bien fument pour partir
En volutes.
Quand le rouge … S’éti…
O-
Le….
(-Il n’existe déjà plus).

Les Zeppelins qui survolent la city
-Car moi; j’y suis encore,-
Me font rêver d’une femme
Et que j’aimais comme-
Un adolescent
-Un ssserpent.
Mais qui de latte en latte
Me frappant au sol comme un cadavre
Me faisait croire que j’étais sur le bateau-
Le bateau de Peter Pan…
Et la city et la city
Profitant de mes rêves cons de Cargo Culte
M’as rendue prisonnière des-
Serpents.
Qui glissent, glissent sur moi très…
Leeeeeeeenteemeeeent…

Je n’ai plus d’yeux, je n’ai plus de jambe, je n’ai plus de vêtement, je n’ai presque plus
De temps.
Mais au fait, où sont les parents ?
La fumée m’emporte.
La gare routière disparait derrière elle….
L’ais je seulement vue ?
Ou était-ce une illusion, sadique ?
Un délire dût au gaz ambiants ?

Au fond ?
Qu’importe.

La city regarde avec ironie
(-hihi…)
Le dernier phare rouge
Disparaitre
Dans la nuit.
Celui d’un filtre mal éteint n’éclaire pas
Jusqu’à la-
(La prochaine ligne).

Je n’ai plus de joue, les serpents ont tous pris alors
Que j’embrassais l’Insolente
Ses lèvres au gout acre me faisaient croire que j’étais…
Dans un zeppelin.
Au dessus de la city.
(Je m’y enterrais).

J’ai des serpents qui glissent, glissent le long de…
De mes bras…
Et la lumière rouge s’éteint.
Soudain.

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Une question de rythme

C’est quelque chose de propre au voyage qui s’explique difficilement. Une question d’usure. Une question de rythme.

Au début tout semble lourd et compliqué. On perd des papiers, des billets d’avion, on dépense trop d’argent juste pour se rassurer.

Il y a les mauvais souvenirs aussi qui se ramènent. Parce qu’en général, quand on part en voyage, on fuit quelque chose. Le travail, une rupture, une fatigue, un stress. On se dit qu’on est fou, qu’on aurait jamais dû partir maintenant. Que le monde va arrêter de tourner si on est pas là, au même endroit que d’habitude, à faire les mêmes choses. Bon, ça a servit à rien visiblement depuis des semaines, des mois et des années qu’on fait ça, ça nous a pas rendu subitement la vie géniale, mais au moins, on sait ce qu’on a. Alors qu’en voyage…

D’habitude on voit les choses sur un plan vertical, avec une liste des priorités bien établie au sommet, et puis de plus en plus fouillis à la base.

En grande angoissée, en bonne élève trop appliquée, cette verticalité m’étouffe complètement. Je n’aurais jamais le 20/20 que j’attends tout simplement parce que personne ne vas me le donner à part moi, et que je suis trop occupée par ma To Do List pour penser à le faire.

En voyage on passe à l’horizontal. C’est la route devant soi, c’est le temps qu’il reste, c’est les kilomètres qui restent, c’est la ligne de chemin de fer, c’est le vol en avion, c’est le trajet jusqu’à la plage. Horizontalité spatiale et temporelle.

L’angoissée que je suis met trois jours à s’adapter.

D’abords, petit à petit les angoisses s’en vont, parce qu’il n’y a plus de temps de cerveau disponible pour elles. Du coup, je dépense moins. De toute façon je suis trop occupée à chercher le meilleur spot de la ville où taper une sieste discretos.

Et puis je finis par réduire mes journées à cette rythmique efficace. Se réveiller. Découvrir des choses. Manger. Faire la sieste. Découvrir des choses. Manger. Dormir.

Peu à peu la sensation devient physique : on a pris un autre rythme. Le corps tout entier se fait plus mobile, plus lent, plus attentif aussi. Un bus raté ? Je vais trouver une solution. Une auberge qui pue ? C’est l’histoire d’une nuit. Je fabrique des sièges pour rendre l’attente plus confortable, je cuisine un repas pour me faire des potes dans une auberge. Je baragouine dans plusieurs langues, je parles avec des gens en espagnol qui me répondent en italiens, on se comprend parfois.

Enfin, enfin, je me fais confiance. J’ai confiance en ma suprême capacité à assurer mon bien-être. J’arrête d’attendre qu’il me tombe du ciel, j’arrête de croire qu’il faut des décisions radicales ou des changements spectaculaires pour l’atteindre. Manger, dormir, sourire. Je peux faire. Je sais faire.

J’aimerais pouvoir vivre mon quotidien avec la même assurance, la même conscience du moment présent, la même tranquillité d’esprit. Pour l’instant j’en suis incapable, alors je speed dans l’attente du prochain voyage.

Enfin ça c’était avant. Avant que des amitiés de plus en plus solides me relient au sol, à cet empire du vertical. Il devient de moins en moins facile de partir en prétendant ne me soucier que de mon bien être.

Mais si il y a bien une chose que j’ai apprise en voyageant c’est que c’est par la pratique, la pratique physique, que l’on trouve les réponses à ce genre de question. Quand on reste immobile les questions tournent dans l’esprit à vide jusqu’à s’encrasser.

A force de bouger, à force de voir que pour moi les choses se passent bien, à force de voir que je n’en suis pas morte, et ce même après avoir fait des crises de panique en Inde si forte que je suis rentrée d’urgence, j’ai pris le goût de ce genre de pari pour l’action.

Et ça, ça se pratique à Budapest comme à Paris, en train comme dans le métro, avec des inconnus comme avec des amis de 10 ans.